Les familles et le numérique

Les familles et le numérique

AG UNAF  – Intervention de la CSF

La CSF intervient auprès des familles de différentes manières :

1- Le coût de l’équipement numérique est important d’après notre
enquête annuelle sur le coût de la scolarité : il est désormais
impossible pour une famille ayant un enfant scolarisé en 6ième de ne pas avoir un
équipement numérique dans le foyer, équipement qu’il faut parfois multiplier
selon le nombre d’enfants scolarisés. Le niveau d’équipements varie en fonction
de la situation financière des familles.

2- L’usage des moyens numériques a un coût : lorsqu’un parent
souscrit un abonnement près d’un opérateur en téléphonie pour ses enfants
mineurs, il n’aura pas forcément la maîtrise de la consommation et de son coût.
La CSF est intervenue dans des groupes de travail au Conseil National de la
Consommation pour que les fournisseurs informent les souscripteurs des
évènements causés sur la ligne utilisée par un tiers, en l’occurrence les enfants
mineurs.

3- Le numérique : est-ce une chance ? c’est un moyen extraordinaire de
communication et d’information. Il répond à l’éloignement. Des parents nous
disent que c’est positif pour suivre le travail de leurs enfants, d’autres disent être
dépassés par ces nouveaux moyens. C’est toujours la question de
l’accompagnement et c’est dans cet accompagnement que la CSF prend sa
place. Certains soulignent que nous sommes dans l’immédiateté et que certains
professeurs envoient les devoirs à faire sans laisser de délais suffisants pour les
faire ! Si le numérique peut être un facteur de communication incontournable, il
peut aussi aggraver les inégalités et conduire à l’isolement et à l’exclusion, au
non recours aux droits.

4- A travers des groupes de paroles qui font ressortir les points
suivants afin de dédramatiser et de construire de nouvelles
habitudes de vie.
La sociabilité se construit autour de centres d’intérêts partagés. Aujourd’hui, il est
difficile pour des parents de garder des liens avec leurs enfants s’ils n’ont pas des
centres d’intérêt partagés. Il y a deux manières de définir en famille des centres
d’intérêt partagés :

– Soit les parents arrivent à intéresser leurs enfants à leurs propres centres
d’intérêt
– Soit les parents s’intéressent à ce qui intéresse leurs enfants, c’est là qu’on se
met aux jeux vidéo, aux réseaux sociaux.
– Il faut s’acclimater à cette nouvelle culture qu’est la culture numérique.
La nouvelle culture ne chasse pas l’ancienne. Rien dans l’histoire de
l’Humanité ne chasse ce qu’il y a eu avant. Le numérique ne chasse pas
l’ancienne culture.

– La famille est le premier groupe que l’Humanité s’est donné, organisé
autour de règles communes.

Il faut établir des règles dès la naissance. Dès qu’un enfant vient au monde
dans une famille, il faut que les parents cessent de décrocher le téléphone
pendant la tétée du bébé. Le bébé a l’œil partout et voit la main sur l’oreille. Il
n’a pas encore de téléphone mobile, il a intégré le geste.
Dès qu’un enfant vient au monde dans une famille, il faut banaliser la
consommation d’écrans, banaliser l’utilisation du téléphone mobile. Dès que
l’enfant sait parler, on lui dit : « tu vois, dans notre famille, chacun laisse son
téléphone mobile à l’écart pendant le repas. Toi aussi, quand tu seras grand,
tu auras un téléphone mobile, tu auras la même règle. C’est la règle de notre
famille ». Il ne faut pas attendre que l’enfant ait son téléphone mobile pour
énoncer la règle. L’enfant est prêt à s’adapter à tous les mondes dans
lesquels il arrive, encore faut-il que ce monde ait des règles claires.
Avant même la naissance du bébé, il faut anticiper sur l’usage du téléphone
mobile, les moments d’écran. La prévention, c’est anticiper. Tout ce qu’on
veut mettre en place avec l’enfant, ce ne peut être que si on l’accompagne par
notre propre comportement. On ne peut pas dire à un enfant : « On ne
téléphone pas la nuit, ton téléphone doit rester sur la table du petit déjeuner »
si en tant que parents, on emporte son téléphone dans sa propre chambre.
Tous les téléphones doivent être laissés à partir d’une certaine heure sur une
table. Il s’agit alors de s’empresser d’acheter un réveil pour que l’enfant
grandisse en nous voyant utiliser un réveil. Si l’enfant grandit en voyant le
parent utiliser un smartphone pour réveil, il utilisera son smartphone pour
réveil. Or, s’endormir avec un smartphone est la pire des choses pour un ado.
La question des écrans, c’est fondamentalement la question des bébés
parce que les bébés d’aujourd’hui sont les ados de demain et les ados
de demain seront les adultes d’après – demain.
Les animateurs de groupes font émerger la règle des 3-6-9-12 proposée
par Serge Tisseron
Ils font échanger les personnes sur les méfaits des écrans sur
l’attention, sur l’endormissement…
Il faut parvenir à faire émerger deux grands principes par rapport à
l’utilisation des écrans à savoir :
– Le dosage dans l’utilisation des écrans
– Le nécessaire accompagnement des parents afin de développer l’esprit
critique chez les enfants d’où le besoin de formation des parents
Alors pour lancer ces débats et groupes de paroles et
d’échanges, la CSF a lancé un questionnaire en direction des
parents et des enfants et ados.
Ce questionnaire devrait nous permettre d’analyser les pratiques des uns et
des autres afin de mesurer les comportements de « mimétisme » enfants
/parents, de mesurer quel est l’impact du comportement des parents sur leurs
enfants. Cette enquête permet de confronter les regards : parents et enfants
ont-ils le même regard sur les opportunités et dangers du numérique ? Cette
enquête est une possibilité d’instaurer le dialogue entre parents et enfants. A
partir de cette observation des pratiques, nous interrogeons la dimension
éducative et l’utilité du numérique.
5- Des actions dans les quartiers : une semaine sans écran
Des associations UPE – CSF dans le quartier des Dervallières à Nantes
organisent la semaine sans écrans. Cette action permet aux parents de prendre
conscience de la place des écrans dans la vie quotidienne et d’imaginer d’autres
activités possibles avec leurs enfants. La rencontre avec d’autres parents
permet d’être imaginatif, d’ancrer de nouvelles habitudes de vie (utilisation de
jeux de société, fête de quartier, rencontres…
6- Des ateliers d’initiation avec les habitants, les parents
confrontés à la dématérialisation des documents
administratifs : CAF, Impôts…, création d’adresses mails, paiement en ligne
du loyer. Des personnes de tous âges viennent à ces ateliers. La CSF
accompagne les personnes dans leurs démarches afin de les conduire vers plus
d’autonomie, que le numérique ne soit pas un frein pour l’accès aux droits, que
les personnes n’aient pas un sentiment d’isolement ou de solitude face au
numérique.

En conclusion, si nous disons que le numérique est omniprésent, toutes les zones
de nos territoires ne sont pas couvertes ; les inégalités financières face à
l’équipement sont toujours là et la fracture d’usage persiste. Que le travail des
associations continue !

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